Anxiété et dynamique émotionnelle

Les textes précédents nous amène à situer l’origine de l’anxiété dans notre manière de gérer nos émotions. Revenons donc sur cette problématique et en premier lieu sur la compréhension de ce qu’est une émotion et de son fonctionnement.
Commençons par revenir ici sur notre conception de l’émotion développée dans d’autres textes (notamment ici). Une émotion est une information sous forme de sensations caractérisées que notre corps nous envoie pour nous signaler qu’un de nos besoins de base est en difficulté. Cette information émotionnelle se présente donc sous forme d’un mouvement : celui qui consiste à aller de son point d’origine vers le lieu à informer. Nos émotions naissent, non pas dans le cerveau comme beaucoup le pense, mais dans notre ventre, ce que l’on nomme à juste titre « le cerveau entérique ». Cette information émotionnelle va monter vers le haut pour nous faire prendre conscience qu’un de nos besoins de base est en difficulté : ainsi, une émotion de peur m’indique que mon besoin de sécurité est en difficulté. Et ainsi de suite pour les émotions principales. Ce mouvement ascendant vers le cœur est facilement perceptible en cas de colère (d’où l’expression « la moutarde me monte au nez »!) mais aussi pour toutes les autres émotions comme la tristesse ou la peur.
Cette émotion en mouvement a donc un lieu de destination qu’elle est censée atteindre : notre cœur où réside notre Conscience, notre Shen comme nous venons de la voir selon la culture traditionnelle chinoise. Ainsi donc, une émotion est un mouvement énergétique vers le haut partant du ventre (du hara) et à destination de notre cœur où elle doit nourrir notre conscience de l’information qu’elle contient. Lorsque elle arrive a destination, nous prenons alors « conscience » de cette information.
Du fait qu’elle soit une sensation, la circulation de cette information s’effectue par le fait de la ressentir. Ainsi, concrètement, c’est en ressentant une émotion que je la fait circuler de mon ventre (le Hara) à mon cœur, lieu de ma conscience et que je permets à ma conscience de s’en nourrir. C’est ce que l’on appelle communément « accueillir une émotion ».
Voici un schéma qui résume le mouvement énergétique émotionnel et qui illustre l’expression « accueillir une émotion« .

Accueillir ses émotions… ou pas….
Accueillir ses émotions demande donc de les ressentir. Mais les ressentir n’est pas chose si simple car cela suppose de ralentir, de se poser, de sortir d’une logique d’action et de gestion. Or parfois, nos expériences de vie sont bien peu propices à cela et nous préférons même souvent nous maintenir dans une phase active, de faire face, « d’aller de l’avant » comme on dit, plutôt que d’installer les conditions du ressenti. « On verra ça plus tard » se dit-on, même si ce « plus tard » est toujours repoussé. C’est aussi souvent parce que parfois l’émotion présente est si forte, qu’elle nous semble si menaçante, ou résonnant avec d’anciennes expérience pénibles (nos blessures d’enfance…) que nous préférons nous en tenir éloigner en se maintenant dans l’action ou l’agitation.
Mais comment fait-on concrètement alors pour ne pas ressentir l’émotion et de maintenir à distance l’information qu’elle contient ? Pour cela nous mobilisons un vieux schéma réflexe lié aux situations de danger : celui qui consiste à bloquer toute montée émotionnelle au niveau du plexus solaire en figeant notre diaphragme thoracique réduisant par là-même notre respiration naturelle (ventrale) qui se réduit à une respiration haute (thoracique) moins efficace. Observez-vous dès que nous sommes en situation de stress : notre respiration se bloque automatiquement et nous respirons de manière nettement plus réduite par le haut. Ainsi, nous figeons en quelque sorte notre ventre pour que l’émotion ne puisse atteindre le Cœur, là où réside notre Shen, notre Conscience. En voici l’illustration dans un nouveau schéma.

Et il y a une raison à cela : la montée émotionnelle va perturber la stabilité de notre Cœur dont notre Conscience a besoin pour faire face à la situation de stress : c’est cette sensation de ne plus réussir à réfléchir lorsqu’on est par surprise pris-e par une émotion soudaine et qu’on n’a pas eu le temps de « stopper » dans notre ventre. « Je ne savais plus où j’habitais » est une expression qui rend bien compte de cette situation. Or, en situation de stress, nous devons souvent agir rapidement pour nous permettre de nous adapter et restaurer notre équilibre, voir assurer notre survie. Et nous devons donc plutôt nous assurer que notre mental va bien fonctionner puisque c’est sa fonction première : celle d’élaborer des stratégies d’action. En d’autres mots, les montées émotionnelles perturbent notre capacité à réfléchir (avec notre cerveau) en agitant notre conscience. Il est donc pertinent que ce système qui bloque la montée émotionnelle s’active lorsque nous sommes en danger.
Un ventre qui se transforme en cocote-minute…
Le problème est que souvent, ce vieux réflexe se mobilise en permanence, soit parce que nous sommes en situation chronique de stress mais aussi parce que nous sommes en permanence dans des situations d’activités intellectuelles (travail sur ordinateur, scolarité, gestion de situation, etc.) qui, elles-aussi, demandent elles-aussi de ne pas se laisser importuner par notre ressenti et nos émotions, pour pouvoir réfléchir ou « se concentrer » dit-on. Ainsi, nous sommes amener à bloquer de manière chronique nos émotions. Certain-e-s évoquent d’être « sous apnée » ou « dans un tunnel » toute la journée ou même sur des semaines entières.
Et second problème crucial, c’est que lorsque nous bloquons nos émotions dans notre ventre pour permettre à notre cerveau d’établir des stratégies pour faire face à la situation compliquée, ou pour maintenir une activité et une attention intellectuelle, les émotions ne disparaissent pas pour autant. Comme elles portent des informations généralement importantes pour notre intégrité, elles ne disparaissent pas et restent bloquées dans notre ventre tant qu’elles ne sont pas ressenties. Plus précisément, notre corps continue de nous les envoyer en permanence. Cela transforme ainsi peu à peu notre ventre en une cocote-minute en surchauffe. Il est sous tension…. C’est là que se trouve l’explication des maux de ventre lorsque nous avons vécu une situation émotionnelle difficile à gérer pour nous ou que le stress s’accumule depuis quelques jours. C’est aussi sûrement ici que se situent les origines émotionnelles des états inflammatoires chroniques et d’allergies qui peuvent survenir dans cette région-là, à force d’être sous tension. Quoiqu’il en soit, ne pas être à l’écoute de nos émotions transforme peu à peu notre ventre en cocotte-minute comme l’illustre le schéma suivant.

Jusqu’à l’anxiété….
Nous allons – et nous pouvons – tenir ainsi longtemps, dépensant d’ailleurs beaucoup d’énergie pour tenir, pour bloquer le tout et éviter d’être au contact de notre sphère émotionnelle bloquée dans notre ventre. Cela nous met peu à peu dans une posture de contrôle et de sur-vigilance de plus en plus prégnante d’ailleurs souvent pas très consciente… On se sent non seulement tendu-e, insécurisé-e, mais nous n’arrivons plus à nous poser, à nous arrêter même si nous ressentons de la fatigue. A un moment même, c’est la fatigue qu’on ne ressent même plus… Bref, il s’agit plutôt de continuer à tout prix plutôt de ralentir ou se poser, ce qui nous mettrait automatiquement en contact avec ces émotions que nous cherchons justement à mettre à distance.
Sauf qu’il y a des moments où notre surveillance va se relâcher : en pleine nuit ou bien lorsque nous sortons des situations stressantes (la fin de journée, le début ou fin de week-end, lors des vacances, le lendemain de fête, etc.) ou lorsque nous n’avons plus assez d’énergie pour assurer cette surveillance. Que se passe-il alors ? Hé bien, un peu comme le « pschitt » de la cocote minute, on a une brusque montée émotionnelle, une sorte de fuite d’énergie émotionnelle qui, venant du ventre, va mettre le cœur sous tension plus ou moins fortement et soudainement selon l’importance de cette fuite : c’est la survenue de l’anxiété… C’est ce qui explique le fait que l’anxiété survienne toujours dans des moments de détente ou de fatigue extrême, très rarement lorsque nous sommes dans l’action ou que nous faisons face. Si cette fuite est plus importante (ou si nous sommes si épuisé-e que toute nos défenses lâchent), c’est la crise d’angoisse ou de panique qui survient. Voici donc ci-dessous le Schéma qui, de notre point de vue, illustre ce qu’est l’anxiété :

Ainsi, nous pouvons ici résumer l’anxiété comme une montée émotionnelle subite qui met le Cœur sous pression, suite à un blocage plus ou moins ancien des émotions au niveau du plexus solaire qui a cédé par fatigue ou par relâchement.
Cette définition à laquelle nous arrivons permet de revenir et d’expliquer les trois grandes caractéristiques de l’anxiété présentée en introduction :
- une tension émotionnelle oppressante au niveau du Cœur
- une survenue de l’anxiété dans un moment de détente plus que d’action lorsque notre vigilance baisse ou que nous sommes trop fatigué pour maintenir le blocage au niveau du sternum
- une difficulté à faire un lien direct avec une situation émotionnelle : parce que nos émotions ont été bloquée plus ou moins longuement dans notre ventre, l’information qu’elle contient sur nos besoins en difficulté s’est en quelque sorte brouillée ou mélangée avec d’autres et est devenue tout simplement illisible, non intégrable pour notre conscience : nous ne comprenons pas précisément ce qui se passe ou ce dont il s’agit.
Cette définition de l’anxiété comme une montée émotionnelle qui met le cœur sous pression, suite à un blocage plus ou moins anciens des émotions dans le ventre va nous permettre d’établir les stratégies à mettre en place pour y remédier ; stratégies décrites dans les 3 articles suivants :
