L’adolescence ou l’affirmation d’un individu singulier

L’adolescence ou l’affirmation d’un individu singulier

Laissons un moment nos logiques rationnelles et centrons notre attention sur notre ressenti : nous pouvons sentir facilement ce lien entre le printemps et son énergie avec celle de l’adolescence. Ces sensations d’éveil, de mise en route, d’enthousiasme, d’envie de mouvement qui nous traversent à chaque début de printemps sont effectivement celles qu’on a pu ressentir à l’adolescence. Elles ont en commun d’être en mouvement, intenses, vives, tournées vers l’extérieur.

Dans nos différentes articles sur le printemps, nous avons mis en avant la place singulière du Foie dans sa relation au printemps. En cette saison, le Foie se remplit d’énergie et c’est pour cette raison qu’il est intéressant de faire une cure du Foie en début de cette saison . Dans un autre article, nous avons mis également en avant le fait que la fonction principale du Foie est l’affirmation de la puissance individuelle. Reprenant ici la logique analogique évoquée plus haut, nous pouvons affirmer que la caractéristique première à travers laquelle il est intéressant d’aborder l’adolescence est celle de l’affirmation de son individualité.

De l’enfance à l’adolescence : des besoins qui changent

Le printemps succède à l’hiver tout comme adolescence succède à l’enfance. Rappelons les besoins de l’enfance qui sont ceux de l’élément Eau, lié à l’hiver mais aussi Rein à à la Vessie : la sécurité produit par un cadre structurant (Yin : la structure) pour permettre la forte croissance de cette période infantile. Grandir en sécurité voila comment on pourrait définir les besoins de l’enfant. En effet, les besoins de l’enfant sont ceux d’un être fortement dépendant qui grandit rapidement. Sa forte croissance est garantie par les soins, l’attention, la douceur et bienveillance. La sécurité, elle, est assurée par le cercle familial et en premier lieu les parents qui intègrent l’enfant en son sein et à ses règles et valeurs. Ce cadre familial posé clairement est la structure à l’intérieure de laquelle va croître et se mouvoir l’enfant. D’abord restrictif au regard de la forte dépendance du bébé, ce cadre doit s’élargir progressivement en fonction de l’autonomie grandissante de l’enfant.

L’adolescence va bouleverser cette distribution et cet équilibre : le rapport entre besoin de sécurité et d’autonomie s’inverse : à l’enfance qui demandait beaucoup de sécurité et des prémisses d’autonomie succède donc l’adolescence qui se présente d’abord par les besoins d’autonomie d’un être qui s’affirme… Cela ne veut pas dire qu’à l’adolescence le cadre sécurisant doit disparaître au profit d’une pure autonomie mais il change de statut. Le cadre ne doit plus avoir pour objectif la construction d’une sécurité mais qu’il doit se mettre au service de l’être singulier qui s’affirme à l’adolescence. Un cadre qui porte vers l’extérieur… Et l’évolution de ce cadre est tout autant notable que nécessaire.

La sortie du giron familial

En tant que membre du groupe familial, l’enfant en adopte les valeurs et principes. L’affirmation de l’individu à l’adolescence va donc être la sortie progressive du groupe familial et il va devoir se distancier de ses valeurs et de ses principes. L’adolescent, n’est déjà plus le pur produit de son cercle familial, il développe ses propres goûts, aspirations, choix esthétiques et musicaux. C’est d’ailleurs d’abord dans les dimensions artistiques ou esthétiques que se cherche souvent cette nouvelle affirmation : vêtements, musique, lectures, films, vidéos, etc. Mais ne nous y trompons pas : à l’adolescence, la sortie du cercle familial vers l’extérieur est d’abord un voyage vers la découverte de soi : on cherche à l’extérieur du cercle familial coutumier des éléments nouveaux, qui nous fassent vibrer différemment, des expériences de vie qui fassent échos avec notre individualité en devenir. Pour trouver qui nous sommes… Autrement dit, la mise à distance (ou le rejet dans certains cas) du cercle familial est nécessaire pour créer son propre espace où l’adolescent-e peut construire ses propres normes en phase avec sa personnalité.

Le besoin de nouveaux pairs

C’est pour cette raison que les ami-e-s prennent une importance qu’ils n’avaient pas jusqu’alors. On ne partage plus prioritairement son vécu, ses attentes, ses expériences, ses difficultés avec ses parents ou même ses frère et sœurs. On les partagent d’abord avec ceux et celles qui nous ressemblent et qui peuvent ainsi nous donne des pistes, des réflexions, des expériences dans ce cheminement d’appréhension de sa nouvelle individualité émergente.

Ces nouveaux groupes de pairs possède une autre fonction celle de nous redonner une sécurité et une proximité qui là-aussi s’affaiblit du coté parental. Cela passe parfois par l’adoption de codes propres à ce groupe, des manières de se comporter, de valoriser certaines choses, parfois de prendre des risques pour marquer son appartenance au groupe, etc.

Expérimenter pour se trouver

Et souvent dans cette recherche, ça bafouille pourrait-on dire… Et quoi de plus normal : il faut chercher avant de trouver. Et rechercher, c’est se tromper, c’est expérimenter et voir que  « Non, là, finalement, c’est pas pour moi… ». Adulte, il est facile d’oublier nos propres errements passés pour nous construire un récit bien plus rectiligne qu’à été notre propre expérience de l’adolescence… On pourrait même dire qu’un(e) adolescent(e) qui se trouve toute de suite (sa voie professionnelle par exemple) a quelque chose de suspect… Prendre le temps, prendre des passages étranges et incongrus, se tromper est sûrement un signe d’un cheminement normal même s’il contrevient parfois aux attentes usages sociaux en cours. De ce point de vue, le droit à l’échec doit être ainsi sans doute valorisé : qui n’essaye rien ne se trompe jamais ! Évidemment, l’échec peut être cruel, difficile à vivre, fragilisant, mais si on le repositionne dans une perspective de cheminement (ou l’aider à le faire….), il peut retrouver une certaine légèreté. Ainsi déchargé de tout lest négatif, il peut être plus facilement dépassé…

Mais ce n’est pas parce qu’il n’est qu’un moment sur un cheminement non rectiligne qu’il doit être relativiser à outrance, dénigré voire moqué : adulte, nous oublions également souvent que l’intensité de l’enthousiasme engagé dans ces expérimentations tâtonnantes (et donc celle de la déception de leurs échecs potentiels) n’est pas superficiel : il tient d’une nécessité psychique importante qu’il faut respecter et soutenir, même dans l’incompréhension ou le manque de clarté qui peut momentanément la caractériser…

Sachons donc voir dans ces aller-retours, dans ces hésitations, ces contradictions et ces flous et surtout dans cette énergie bouillonnante, la beauté de la vie en train de s’affirmer…



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