La constipation

La constipation


On en convient largement la constipation n’est pas le sujet le plus glamour qui soit. Pourtant, de part sa récurrence, de par ses effets directs sur le confort de vie et de par ses aspects psycho-émotionnels, ce désordre est non seulement important à aborder mais aussi intéressant dans ce qu’il révèle de nos manières de vivre et d’agir. Telle sera l’approche de cet article.


Constipation : de quoi parlons-nous ?

En cas de constipation, les résidus alimentaires formant les selles restent trop longtemps dans le colon sans progresser dans leur trajet vers le rectum. L’eau qu’ils contiennent est absorbée normalement et naturellement par le colon. Lorsqu’elle y demeurent trop longtemps, les selles deviennent trop dures elles sont alors difficiles à évacuer. La constipation provoque alors une sensation d’inconfort au niveau du ventre, des crampes et des ballonnements abdominaux qui peuvent être douloureux. Nous parlons de constipation lorsque nous avons moins de trois selles par semaine. La fréquence normale est d’aller à la selle quotidiennement. La constipation peut être occasionnelle ou chronique si les symptômes persistent depuis plus de six mois.

Schéma du Gros Intestin


Élargir notre conception de la constipation

Dans l’approche occidentale, la constipation demeure, comme décrit ci-dessus, un processus essentiellement physiologique tant dans son diagnostic que dans sa thérapeutique (laxatifs, changements alimentaires, etc.). Pourtant si nous observons les conditions ou le contexte dans lesquelles elle se produit, des facteurs autres que purement physiologiques, interviennent et cela parfois de manière prépondérante. En réalité, la constipation nous dit beaucoup sur la manière dont nous vivons et faisons face aux difficultés de la vie. Pour faire le lien entre ces deux dimensions, le détour par une conception élargie de la constipation, nourrie de l’énergétique chinoise, est là-aussi nécessaire et enrichissante, là aussi, tant au niveau de la compréhension que des solutions à y apporter. Nous essayerons donc de comprendre cette difficulté à partir de ce point de vue et notamment en rapport avec ce mouvement énergétique « d’Entrée et de Sortie » associé au Poumon et au Gros Intestin déjà évoqué dans un article précédent.


La constipation, entre « sortie », risque au changement et lâcher-prise,

Dans l’énergétique chinoise, la constipation est une fonction prise en charge par le Gros Intestin qui dans cette perspective orientale comprend également le rectum et l’anus. Il est associé au Poumon avec lequel il constitue l’élément Métal et est en outre relié avec la saison automnale. Rappelons ici que dans la tradition énergétique chinoise, un organe est un ensemble de fonctions qui dépasse la seule fonction physiologique des organes généralement admise en occident. Ainsi, si la fonction principale du Gros intestin est d’assécher le résidu non assimilée du bol alimentaire de manière à former des selles, il comprend également d’autres dimensions comme le « lâcher-prise » ou encore la fonction « à ne pas s’attarder sur le passé » (Maciocia Giovanni, « Les principes de la médecine chinoise », 2ème édition, p.209). Avec le Poumon, il constitue le mouvement « d’Entrée et de Sortie » : d’un point de vue physiologique, nous l’avons déjà souligné, il s’agit de l’entrée de l’air (et de son Qi) et de la sortie des selles.


Faites de la place pour le nouveau !

Ce mouvement « d’Entrée et de Sortie » s’entend également aussi comme notre capacité faire entrer en interne du nouveau (chose que l’on fait lorsque l’on inspire) et à faire sortir ce qui est devenu inutile (lors de l’expiration mais également lorsqu’on se sépare des déchets inutilisables pour notre corps que sont les selles). Avec cet élément Métal et particulièrement avec le Gros Intestin, il y a donc une dimension qui a trait à notre capacité à faire face au changement incessant inhérent à la vie : savoir accueillir le nouveau et savoir se séparer de l’ancien devenu inutile au présent.

D’ailleurs, pour caractériser le changement, il est courant d’évoquer en premier lieu l’entrée du nouveau et ensuite cette nécessité de se séparer de l’inutile. Le changement pensé comme l’entrée du nouveau préalable à la sortie de l’ancien est inexact car il inverse en réalité réel et nécessaire du changement : il faut, la plupart du temps, commencer par se séparer de l’ancien devenu inutile pour faire de la place au nouveau, et non l’inverse. Il s’agit ici d’un impératif logique : sans place préalable, l’accueil du nouveau devient problématique, sauf à densifier de manière néfaste l’interne.


Le propos peut vous paraît obscur et éloigné du sujet. Pourtant rien de plus concret : vous voulez changer quelque chose ? Hé bien, plutôt que de vous focalisez sur le nouveau, mieux vaut se focaliser ce sur quoi vous devez vous séparer. Bref, pour embrasser le nouveau, débarrassez-vous d’abord de ce qu’il ne vous va plus : vider vos placards, votre grenier, délaissez les relations qui ne vous conviennent plus ou pas. Ceci est un principe qui peut s’appliquer au niveau purement matériel (le bien que fait de vider ses placards par exemple !) que relationnel ou professionnel.


Souvent, nos stratégies en la matière consistent à vouloir tenir ensemble nouveau et ancien. Cela nous tend (ou nous distant) entre deux choses, deux endroits finalement impossibles à tenir… Cela peut être ce vieux pull devenu trop petit qui me rappelle une époque révolue dont nous avons la nostalgie ou alors ce vieil ami qui voudrait qu’on continue à se comporter comme si l’on avait toujours 25 ans et nous entraîne sur des choses qui sont pour nous aujourd’hui sans intérêt. Plus intimement, cela peut être cet enfant dont nous gardons la chambre à l’identique malgré son départ ; chambre dont le réaménagement pourrait nous donner enfin l’occasion de se mettre à cette activité nourrissante mis en attente depuis trop longtemps. Et chacun-ne peut tester en quelque sorte ce principe dans sa vie : si vous vous attendez un nouveau qui tarde à venir, peut-être faut-il préalablement regarder du côté de ce passé que vous retenez encore…


La constipation, ou le manque de lâcher-prise

« La nature a horreur du vide » a-t-on l’habitude d’entendre… Nous aimerions plutôt dire ici « Le nouveau a besoin du vide ». Et parfois c’est bien pour cette raison que le vide produit par le fait de lâcher-prise ou de « laisser partir » le passé nous fait peur : non pas le vide en soi, mais le vide qui fait appel d’air pour le nouveau. C’est d’ailleurs ce qui nous semble le mieux définir le manque de lâcher-prise : non pas tant une volonté essentiellement conservatrice (« je veux conserver ce qui est ») que la peur du nouveau, par définition inconnu. Là aussi, il faut donc changer de focale : c’est parce que j’ai peur du nouveau que je n’arrive pas à lâcher, bien plus qu’une volonté de garder ce que j’ai ou ce qui est ou a été.


Autrement dit, le manque de lâcher-prise qui se manifeste très souvent par de la constipation relève d’abord d’une peur du nouveau. Mais là-aussi, il ne s’agit pas la plupart du temps d’une peur du nouveau en soi, mais d’une peur du nouveau dans un contexte particulier : celui d’insécurité déjà – trop – forte. « Je suis trop insécure pour faire face au risque du nouveau » : tel serait le sens profond du manque de lâcher-prise qui provoque cette constipation.

Constipation et volonté de contrôle

La constipation est aussi reliée à une volonté de contrôle. Cela doit s’entendre dans une perspective identique : on recherche le contrôle car c’est souvent le seul moyen que l’on a trouvé pour limiter la venue du nouveau qui pourrait nous insécuriser davantage Les personne contrôlantes ne désirent pas tant la domination ou le pouvoir : en contrôlant leur environnement extérieur (au niveau relationnel, organisationnelle, temporel, etc.), elles cherchent avant tout à se prémunir de toute situation qui pourrait amener du nouveau qui accroîtrait davantage leur insécurité intérieur. Bien qu’elles agissent très activement en direction du monde extérieur, les personnes contrôlantes sont prises avec une problématique d’insécurité très intérieure. Se rappeler de cela peut nous aider à se positionner face à elles ou à envisager comment s’en détacher si nous sommes concernés par cette volonté de contrôle.


La constipation nous révèle ainsi souvent en définitive d’une insécurité plus ou moins latente et déjà présente. Et c’est cette dimension qu’il faut indéniablement prendre en compte pour travailler à résoudre les phénomènes de constipation. C’est pour cela que bien souvent les laxatifs ou les changements alimentaires n’ont qu’un effet limité. Travailler à prendre conscience de cette insécurité intérieure, en trouver les causes et chercher, à l’inverse, à nourrir des formes de sécurité intérieure constitue une réponse plus large et plus pertinente au problème de la constipation. Au-delà, cela permettra, surtout, de retrouver une confiance en soi et pour la vie en général qui nous donnera finalement les moyens d’aborder la question du changement de manière plus ouverte.


Respiration ventrale et vers le bas pour une remise en mouvement

La manière dont notre corps se meut ou se fige (et dont l’énergie circule peut-on rajouter) dépend directement de notre manière d’être au monde et de faire face à nos difficultés. Ce principe qui est au cœur de tout pratique psycho-corporelle fonctionne particulièrement bien dans le cas de la constipation. Un bon transit implique un bon mouvement péristaltique du tube digestif, c’est-à-dire l’ensemble des contractions musculaires qui font avancer le bol alimentaire dans les intestins. De ce point de vue, la problématique de la constipation relève d’un mauvais péristaltisme abdominal.


Celui-ci est assuré normalement par la mise en mouvement du diaphragme lors d’une respiration ventrale (à l’inspire mon ventre se gonfle et à l’expire, il redescend tranquillement) qui va alors venir masser l’ensemble des organes abdominaux notamment l’intestin grêle et le gros intestin. Cette respiration ventrale se met en arrêt et se transforme en une respiration haute (thoracique) en cas de stress ou d’insécurité. C’est ici que nous retrouvons d’un autre point de vue ce que nous avons énoncé plus haut : l’insécurité intérieure est au principe de la constipation. Vous aurez compris, l’inverse est aussi vrai : une respiration ventrale va permettre un bon transit et favoriser la résorption de la constipation.

Schéma de la respiration ventrale


Le premier outil à se saisir pour revenir sur ces moments de constipation sera par conséquent la pratique régulière de la respiration ventrale. Vous en avez une explication pratique ici, accompagnée d’un exercice de cohérence cardiaque


Respiration ventrale le bas

Parce qu’elle sous-tend aussi des problématiques psycho-émotionnelles, cet exercice ne pourra cependant pas être suffisant : nous vous conseillons d’y ajouter ce que nous appelons « la respiration par le bas » détaillée ici . En résumé, il s’agit de respirer en remettant en action mouvement naturel du sphincter anal (ouverture / fermeture) qui s’est figé en mode « fermeture ». Cette respiration par le bas est très efficace pour remettre en action le mouvement péristaltique du Gros Intestin et la capacité de l’anus à retrouver sa plasticité perdue par trop de tensions. Les selles remis ainsi en mouvement et en circulation seront alors tranquillement alors évacuées.


Ces premiers exercices de respiration s’ils peuvent débloquer momentanément le problème de constipation ne régleront pas la problématique d’insécurité intérieure évoquée ci-dessus et qui semble être au principe profond de la constipation. Un travail spécifique sur cette question devra assurément être engagée. Ceci dit, cette « respiration par le bas » effectuée régulièrement peut toutefois peu à peu modifier notre capacité à s’ouvrir au nouveau en expérimentant de manière récurrente et sécurisée (car faite sous forme d’exercices en dehors de situations de stress) dans son corps cette capacité à la fois à s’ouvrir au nouveau lors de l’inspire mais aussi s’habituer à se refermer volontairement pour se protéger en cas de besoin. Au travers de cet exercice, « Entrée et Sortie » seront en quelque sorte plus conscientisée et pourront être utilisée avec plus de pertinence pour appréhender les changements inévitables rencontrés au cours de nos vies.



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