« Naturel » : un livre qui restitue avec bonheur la puissance de la Nature

« Naturel » : un livre qui restitue avec bonheur la puissance de la Nature

Nous avons vécu un été difficile, non seulement par la chaleur excessive et l’accumulation des canicules mais aussi peut-être par l’effroi ressenti face à la rapidité des effets du changement climatique et des conséquences que cela a très concrètement sur nos vies. Nos modes de vies urbains largement coupés du lien à la nature nous ont fait oublié que la dépendance essentielle et indépassable que nous avons avec notre condition d’être vivant.

La nature au cœur de nos conditions d’existence

Non seulement nous ne pouvons nous passer de « la nature » mais nous devons urgemment lui restituer tout ce qu’on lui doit et réévaluer les bénéfices (non monétaires!) qu’ont peu en tirer. Les cultures traditionnelles n’avaient pas cette prétention – ou cette vanité – à vouloir s’extraire de cette nature et savait en prendre soin pour qu’elle continue à nous assurer nos conditions d’existence.

Dans la cosmologie chinoise, la nature est associée au Yin (notamment sous la forme de la terre qui nous soutien et nous nourrit. La Yang associé au mouvement, à l’immatériel s’apparenterait davantage à la culture urbaine où l’on retrouve ces caractéristiques de vitesse et de culture. Et ce n’est pas un hasard si nos mode urbains nous poussent vers un déséquilibre de « trop de yang », trop d’agitation, de stress, de mouvement épuisant. Et c’est pas toujours pas un hasard si la plupart des stratégies thérapeutiques en cabinet se tourne autour de « nourrir le Yin ».

Se promener dans la nature pour se ressourcer

D’habitude l’été, la plupart d’entre nous retrouvons avec un grand plaisir des vertes vallées, campagne ou forêts lors de nos escapades. Retrouver la nature nous détend, nous ressource. Il y a quelque chose de magique dans le simple fait d’aller se « mettre au vert », faire une randonnée en montagne ou simplement se promener sous l’air frais des hautes futaies. Et l’effroi donc d’imaginer de perdre cela (sans même penser aux nombreuses autres dimensions malmenées par le changement climatique…).

L’art du Shinrin-Yoku japonais

De leur côté, les japonais ont depuis déjà longtemps explorer et intégré ce pouvoir magique de la nature au travers de ces fameux « bains de nature », nommé depuis les années 80 « Shinrin-Yoku », et qu’on peut traduire littéralement par « absorber par tous nos sens l’atmosphère de la forêt ».

En occident, ce courant s’es développé sous le nom de « Sylvothérapie » qui cherche là encore de bénéficier des effets de la nature par des promenades en forêt. « Faire des câlins aux arbres » est la version quelque peu caricaturale et réductrice de cette pratique dont l’absence d’études scientifiques nourrissaient les moqueries des septiques. Pourtant, dès les années 1990, des scientifiques d’abord japonais puis de tous les pays ont commencé à intéresser à ce pouvoir magique de la nature sur notre bien-être. Ils ont montré ainsi une forte corrélation entre santé physique et psychique et contact avec la nature.

La pratique du Shinrin-Yoku dans une forêt japonaise

Une confirmation scientifique

Kathy Willis, professeur de biodiversité à l’université d’Oxford a voulu aller plus loin que la simple mis en avant de cette corrélation pour comprendre comment nous sommes physiquement et mentalement touchés lorsque nos sens interagissent avec la nature. Il en découle un livre passionnant de sylviothérapie d’une grande richesse qui participe à mettre à sa vraie place l’importance de la nature dans nos conditions d’existence. Son titre ? Naturel. Pourquoi voir, sentir, toucher et écouter les plantes nous fait du bien, Ed. du Seuil, 2024. Comme elle le dit, elle-même, pour être en bonne santé, « il ne faut pas seulement manger bio mais vivre bio », c’est-à-dire nourrir ses sens au quotidien d’un contact avec la nature : l’observer, la sentir, la toucher, l’écouter.

Dans une compilation jamais réalisée d’études scientifiques abordant cette problématique sous divers angles, elle a par exemple mis en valeur que regarder du vert naturel nous met de bonne humeur, nous rend moins conscient de l’effort fourni lors d’un exercice mais aussi plus créatif. De même, observer des fleurs (ici des roses) détend les participant-e-s à l’étude tant au niveau physique que psychique. Il en va de même pour les odeurs qui agissent positivement lorsqu’ils proviennent de la nature (des arbres, fruits, fleurs, etc.). Après une minute et demie à respirer sous une pinède, le rythme cardiaque parasympathique (indiquant la détente) s’accroît sensible s’accompagnant d’une baisse du rythme de la fréquence cardiaque. Une corrélation a même été établit entre la présence des ondes alpha chez les promeneurs étudiés et la présence des composés organiques dans l’air ambiant d’une forêt. De même, il est désormais prouvé que le chant des oiseaux, le vent dans les arbres, le bruissements des feuilles ont une action très bénéfique : on devient plus calme physiologiquement, les marqueurs dus stress diminuent sensiblement lorsque nous « écoutons » la nature.

Cathy Willis

Au-delà de la dimension enthousiasmante de ces liens établis scientifiquement, ce livre indique que s’ouvre à nous tout un nouvel arsenal simple, économique et accessible à tous pour améliorer notre santé et notamment pour tenter d’y faire face à l’explosion des maladies chroniques, d’un stress ravageur, et de l’augmentation des problèmes psychiques. L’auteure du livre nous livre sa stratégie thérapeutique d’une simplicité désarmante : La « prescription de nature ».

C’est d’ailleurs bien ce qu’on peut observer dans les cabinets de soin où les patient-e-s sont nombreux et nombreuses à témoigner combien aller dans leur jardin – quant ils ou elles ont la chance d’en avoir un – les soutient et contribue à leur équilibre psychique, qu’ils y trouvent quelque chose de ressourçant, d’apaisant, combien elles sentent que leur émotions « se travaillent »  quand elles ou ils sont les doigts dans la terre.

Cette observation faite en cabinet (et que je prescris pour ceux et celles qui n’en ont pas encore fait l’expérience….) se trouve ainsi non seulement conforté par cette lecture mais aussi en amplifié dans son champ d’application potentiel. Ce que nous dit aussi l’auteure, c’est que plutôt qu’encore une fois se projeter dans une médecine toujours plus technique, coûteuse, déshumanisée et déconnectée de notre qualité d’être vivant, nous avons là à portée de main dans ces « prescriptions de nature » tout un nouvel espace d’investigation et d’action quant à la manière de prendre soin et de prévenir nos soucis de santé à un niveau sociétal.

Le livre fourmille d’idées étonnantes et pratiques sur la manière dont la nature peut améliorer nos vie. Mais ce livre va beaucoup plus loin que cette seule dimension « recettes individuelles ». C’est aussi un appel pour que les politiques publiques et les démarches sociétales intègrent cette capacité thérapeutique de la nature au cœur de leur action : mettre de la nature partout et tout le temps (dans les écoles, les hôpitaux, les entreprises, dans la ville, chez les gens….) pour bénéficier des services fondamentaux qu’elle offre pour la santé et le bien-être des humains.

Avec ce livre rigoureux d’un point de vue scientifique et passionnant sur les perspectives d’action ainsi ouvertes, nous éprouvons une fois de plus que démarche scientifique et valorisation de nos sens et de notre appartenance au vivant ne s’opposent nullement comme nous le faisait croire la modernité classique opposant Culture et Nature. Au contraire, c’est en intégrant nos capacités intellectuelles et nos qualités d’être vivant et ressentant que la science ainsi renouvelée peut contribuer à nourrir des positionnements adaptés, responsables et conscients face au changement climatique qui désormais structure notre condition d’être humain.



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